Utilisateurs
Présentation du projet Autograph à
destination des collectifs en ligne
Autograph
Auto-organisation et visualisation des graphes
Conception d’outils pour les grands collectifs à base coopérative
Projet RNRT – Appel 2005
Introduction
Le développement de grands collectifs de
production coopérative de connaissances constitue l’un des phénomènes sociaux
les plus originaux apparu avec le développement de l’Internet. Les grands
projets collectifs constituent une composante fondamentale de l’histoire de l’Internet
et une dimension essentielle des dynamiques d’usages actuelles et futures du
réseau des réseaux. Les collectifs du logiciel libre, les communautés
virtuelles, les jeux à univers persistant, les outils de publications
coopératives (SPIP, wiki, blogs syndiqués), les dispositifs de partage de
contenus (Wikipedia, Indymedia, IMDb, Telabotanica) ou les démarches de grid computing constituent autant de
formes collectives qui ont trouvé en Internet un puissant outil de mise en
partage sur une large échelle. Bien que très différents dans leurs objets, ces
grands collectifs ont fait l’objet de nombreux essais tant leur caractère
collectif, distribué et bénévole a pu surprendre les observateurs. En revanche,
l’attention des chercheurs s’est moins souvent porté sur la structuration
interne des échanges au sein de ces collectifs et sur leur mode de
gouvernement, même si ce sont sans doute ces dimensions qui leur confèrent une
grande part de leur originalité [Auray, 2004]. Cette lacune s’explique pour
partie par la difficulté à traiter de grandes masses de données hétérogènes
avec les méthodologies traditionnelles des sciences humaines et sociales
traitant de l’usage des nouvelles technologies.
Le projet Autograph est un projet exploratoire,
d’une durée de 2 ans, qui a reçu l’accréditation et les fonds de l’ANR (Agence
Nationale de la Recherche via le RNRT, Réseau National de Recherche sur les
Télécommunications) pour mener une étude approfondie sur les grands collectifs
sur Internet. A la charnière de la sociologie des usages et des techniques
d’analyse et de visualisation des grands graphes, l’objectif du projet
Autograph est de développer des outils et des services pour la gouvernance des
grands collectifs à base coopérative sur Internet. Ces outils serviront également
aux chercheurs pour appréhender les nombreuses traces et échanges dont ces
collectifs foisonnent.
Les
partenaires du projet Autograph
Le projet Autograph est composé de plusieurs
antennes de laboratoires de recherche ainsi que des partenaires professionnels,
il regroupe des compétences hétérogènes et inaugure de manière plus
institutionnelle une coopération entre des disciplines qui en ont besoin pour
appréhender la richesse des formes d’organisation et des pratiques des
collectifs en ligne :
- SUSI
- France Telecom Recherche & Développement, Sociologie des Usages et
traitement Statistique de l’Information
- ENST Paris, Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications
- LIAFA – CNRS, Laboratoire d’Informatique Algorithmique : Fondements et
Applications
- LIMSI – CNRS, Laboratoire d’Informatique pour la Mécanique et les Sciences de
l’Ingénieur
- Semiosys SARL
- INRIA Futurs, Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique
- FING,
Fondation Internet Nouvelle Génération
La
participation des utilisateurs
Pour rendre compte des propriétés
organisationnelles des collectifs que nous souhaitons étudier (Wikipedia,
Debian, militants internationaux, blogs, Sims), il nous faut construire des
outils qui permettent de « voir » l’univers dans lequel les contributeurs
coopèrent et évoluent, cela selon différents critères, focales et objectifs. Des
représentations cartographiques dynamiques permettant d’explorer la structure
des liens et l’univers thématique des échanges seront développées et
expérimentées avec les communautés d’utilisateurs, selon leurs besoins (système
de veille ou d’alerte, …) et les besoins des chercheurs.
Autograph est un projet résolument ouvert à la
participation des utilisateurs puisque notre groupe de recherche est quelque
peu extérieur aux projets étudiés. Certes nous abordons les grands principes de
fonctionnement et d’organisation des collectifs à travers des méthodologies
plus classiques (entretiens, observations, …), mais concernant les pratiques
ordinaires, les « arts de faire » quotidiens des contributeurs, nous
ne sommes pas en mesure de répondre à des attentes que nous ne connaissons pas.
De plus, nous avons un temps limité pour comprendre l’architecture de
différents projets et nous avons besoin d’aide à la fois technique et pratique
pour développer des outils opérationnels et pertinents. L’aide technique
consisterait à des échanges ciblés avec le staff technique (mail, skype, wiki)
du projet concernant les opportunités et impossibilités liées à l’architecture
et au fonctionnement du logiciel utilisé par le collectif. L’aide pratique,
quant à elle, concernerait les usages du logiciel par les
contributeurs (quels sont les problèmes récurrents ? les
routines ? …). Pour cette partie, nous organisons dès que nous le pouvons,
des séances de créativité à l’INRIA Futurs ou au laboratoire d’informatique à
l’université d’Orsay pour que tous les contributeurs qui ont souhaité
participer puissent exprimer leurs besoins et leurs idées. Par la suite, notre
travail consiste à partir de ces bases pour évaluer les conditions de
faisabilité des idées. Ce processus conduit certes à beaucoup de déchets mais
également à de prolifiques résultats concernant la visualisation de graphes. D’autres
pistes de recherche sont également envisagées. Le projet Autograph compte plusieurs
doctorants qui mènent leurs recherches en parallèle. Cette approche consiste
principalement à réaliser des entretiens avec les contributeurs et appréhender
leur environnement participatif.
Etant un projet de recherche, qui plus est
exploratoire, la conception de ces outils peut à notre sens également
accompagner les pratiques ordinaires des contributeurs au sein de leurs
collectifs, c’est pour cela que les outils que nous développons seront diffusés
sous licence Open Source.
Pourquoi
développer des outils de visualisation ?
« Voir c’est déjà penser ». Notre
objectif est double. Il consiste tout d’abord à élaborer des outils qui aident
à la gouvernance et à la prise de décision interne aux collectifs étudiés,
notamment en proposant des systèmes de veille et d’alerte. La cartographie par
la visualisation nous semble une clé pertinente pour les projets dont la
gestion est distribuée. Elle permet de donner des outils concrets pour rendre
compte d’une situation et facilite les coûts techniques d’entrée pour
contribuer à la gestion des projets. Au cours de nos explorations, nous avons
remarqué qu’il existe très peu d’outils spécifiquement adaptés aux projets web
et que les contributeurs n’ont ni le temps, ni les compétences pour les
développer à leur compte.
Cet objectif répond également à un besoin des
chercheurs universitaires qui souhaitent étudier les structures, les processus
ou les pratiques issus de projets collectifs sur Internet (wiki, listes de
discussion, chat, forums, blogs, …). La visualisation de l’information est une
approche encore très jeune qui, en utilisant une représentation graphique
adaptée, se fie à la perception visuelle humaine pour explorer des données
complexes et mettre en évidence des phénomènes qu’il serait très difficile
d’imaginer a priori. La visualisation
et la navigation dans les réseaux sociaux reste encore un problème difficile,
c’est pourquoi le projet Autograph demeure à un stade exploratoire et s’ouvre,
dès la conception des outils, à la participation des utilisateurs. Par la
suite, nous expérimenterons avec les membres de ces grands collectifs la
validité de ces visualisations et leur pertinence. Concernant la recherche
académique, l’un des objectifs du projet Autograph est de développer de
nouvelles stratégies pour la visualisation des grands réseaux d’interaction,
principalement sur Internet.
Nous sommes persuader qu’une
meilleure coopération entre la recherche et les grands collectifs sur Internet
peut apporter de nombreuses opportunités, tant pour la recherche en considérant
le manque d’outils qui la bride que pour les projets auto-organisés sur
Internet, en quête de solutions pratiques et de reconnaissance.